Vous pensiez qu’après l’ablation de votre vésicule biliaire, vos problèmes digestifs seraient enfin derrière vous ? Pourtant, plusieurs mois, voire plusieurs années après l’opération, vous ressentez encore des douleurs, des ballonnements ou des difficultés à digérer certains repas.
Ces interrogations, je les connais bien. J’ai moi-même été opérée de la vésicule biliaire en 2009 et, contrairement à ce que j’espérais, mes difficultés ne se sont pas arrêtées là.
Alors, vous vous demandez peut-être si c’est normal, quels aliments éviter, ou s’il faudra toujours faire attention à ce que vous mangez.
Dans cet article, je partage donc mon expérience. Je vous explique aussi pourquoi certains troubles peuvent persister, ce que l’on sait de leurs causes et comment adapter son alimentation sans multiplier les interdictions.
Parce que vivre sans vésicule biliaire ne devrait pas signifier vivre dans la crainte de chaque repas.

Peut-on vivre normalement sans vésicule biliaire ?
Oui, tout à fait. Dix-sept ans après son ablation, je suis toujours là ! La vésicule biliaire n’est pas un organe indispensable à la vie.
En effet, le foie continue à fabriquer de la bile après l’opération, et cette bile participe notamment à la digestion et à l’absorption des graisses.
Avant l’ablation, la vésicule joue le rôle de réservoir : elle stocke et concentre la bile, puis la libère surtout au moment des repas.
Une fois qu’elle a été retirée, la bile n’est plus stockée. Elle s’écoule alors directement, et de manière plus continue, vers l’intestin.
Malgré ce changement, la plupart des personnes retrouvent une alimentation habituelle et vivent sans difficulté majeure. C’est ce qu’explique notamment le National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases (NIDDK), organisme américain spécialisé dans les maladies digestives [1].
Pour d’autres, en revanche, les choses sont moins simples : des douleurs abdominales, des diarrhées ou d’autres troubles digestifs peuvent persister longtemps après l’intervention.
Douleurs après l’ablation de la vésicule biliaire : pourquoi peuvent-elles persister ?
On imagine souvent qu’une fois la vésicule retirée, les douleurs provoquées par les calculs disparaîtront définitivement.
C’est d’ailleurs généralement le cas lorsque ces calculs étaient bien responsables des symptômes.
Pourtant, certaines personnes continuent à ressentir des douleurs abdominales, parfois très semblables à celles qu’elles connaissaient avant l’opération.
À ce sujet, une revue systématique publiée en 2019 par Latenstein et ses collaborateurs a analysé 130 études consacrées aux symptômes persistants après cholécystectomie [2].
Les auteurs montrent que ces symptômes peuvent avoir différentes origines : des calculs présents dans les voies biliaires, certaines maladies digestives associées, ou encore des modifications physiologiques consécutives à l’opération.
Autrement dit, les douleurs ne sont pas toujours directement liées à l’absence de vésicule biliaire.
C’est pourquoi il est important d’en rechercher la cause lorsqu’elles persistent.
Mon expérience : des douleurs plusieurs années après l’opération
Lorsque ma vésicule biliaire a été retirée, je pensais en avoir terminé avec les crises douloureuses.
Or, dans les mois et les années qui ont suivi, j’ai continué à ressentir des douleurs très semblables à celles d’avant l’opération.
Elles étaient parfois tout aussi intenses avec une irradiation dans l’épaule et le bras droits, au point qu’un soir, j’ai dû me rendre aux urgences. Ils m’ont gardé 5 jours à la diète totale, sous perfusion pour rester hydratée. Mes taux de gamma GT et d’ASAT avaient augmenté en flèche.
C’est finalement le Dr Simon ZIRABE, gastro-entérologue de l’hôpital SCHUMAN à Metz, qui a en 2012 identifié chez moi un syndrome LPAC. Il m’a prescrit un traitement à base d’acide ursodésoxycholique ( le CHOLURSO), grâce auquel mes douleurs ont disparu.
Cette expérience m’a appris quelque chose d’essentiel : lorsqu’on continue à souffrir après une cholécystectomie, il ne faut pas forcément chercher la solution uniquement dans l’alimentation.
Parfois, en effet, il existe une cause médicale précise qui nécessite un traitement adapté.
Qu’est-ce que le syndrome LPAC ?
Le syndrome LPAC (Low Phospholipid-Associated Cholelithiasis) est une maladie biliaire particulière. Elle se caractérise par une composition anormale de la bile, notamment une quantité insuffisante de phospholipides.
Cette anomalie favorise ensuite la formation de calculs biliaires.
Or, même après l’ablation de la vésicule, les voies biliaires restent présentes. Des calculs peuvent donc continuer à s’y former.
Si vous voulez en savoir plus, une revue scientifique publiée en 2019 dans le Journal of Visceral Surgery décrit les caractéristiques du syndrome LPAC et sa prise en charge [3].
Pour traiter cette maladie, on utilise couramment l’acide ursodésoxycholique, qui agit notamment sur la composition de la bile.
Cela dit, le syndrome LPAC reste une cause particulière de douleurs biliaires : il ne permet pas d’expliquer l’ensemble des douleurs persistantes après une cholécystectomie.
Son diagnostic et son traitement nécessitent, de toute façon, une prise en charge médicale spécialisée.
Troubles digestifs sans vésicule biliaire : quelles sont les causes possibles ?
En dehors de ces crises douloureuses qui heureusement sont derrière moi, j’ai également rencontré des difficultés digestives.
J’ai notamment remarqué que les repas riches en graisses, ou simplement trop copieux, étaient moins confortables pour moi.
Cela s’explique en partie par le fait que, sans vésicule, la manière dont la bile arrive dans l’intestin change.
Chez certaines personnes, cette modification peut alors entraîner des selles plus fréquentes, des diarrhées ou un inconfort digestif.
Le rôle des acides biliaires dans les diarrhées
Les acides biliaires participent à la digestion des graisses. Normalement, une grande partie d’entre eux est réabsorbée dans l’intestin grêle, puis retourne vers le foie.
Mais lorsque des quantités excessives d’acides biliaires arrivent dans le côlon, elles peuvent stimuler la sécrétion d’eau et accélérer le transit intestinal.
Il en résulte parfois des diarrhées, accompagnées d’un besoin urgent d’aller à la selle.
On parle alors de diarrhée liée aux acides biliaires.
C’est d’ailleurs un mécanisme que les recommandations de la British Society of Gastroenterology invitent à rechercher chez certaines personnes souffrant de diarrhées chroniques [4].
Des examens diagnostiques et des traitements médicaux spécifiques existent, même si leur disponibilité varie selon les pays.
Il est donc important de ne pas considérer des diarrhées persistantes comme une conséquence inévitable de l’ablation de la vésicule biliaire.
Et les ballonnements ou les sensations de lourdeur ?
Certaines personnes décrivent aussi des ballonnements, des gaz, des nausées ou une sensation de digestion difficile ou lente après les repas.
Ces symptômes peuvent avoir plusieurs origines.
Ils ne sont d’ailleurs pas nécessairement provoqués par l’absence de vésicule biliaire : un reflux gastro-œsophagien, une dyspepsie fonctionnelle ou d’autres troubles digestifs peuvent aussi intervenir [2].
Si ces symptômes persistent, il est donc préférable d’en rechercher la cause plutôt que de multiplier les restrictions alimentaires.
Quelle alimentation adopter pour mieux digérer sans vésicule biliaire ?
C’est probablement l’une des questions les plus fréquentes après l’opération.
Faut-il supprimer les graisses ? Éviter certains aliments définitivement ? Suivre un régime particulier ?
En réalité, il n’existe pas de régime alimentaire unique pour toutes les personnes qui vivent sans vésicule biliaire.
La Mayo Clinic rappelle d’ailleurs qu’un régime spécifique n’est pas systématiquement nécessaire après une cholécystectomie [5].
Cela dit, certaines adaptations peuvent améliorer le confort digestif, surtout lorsque des diarrhées ou des difficultés après les repas persistent.
1. Faire attention aux quantités
C’est l’un des changements les plus importants que j’ai faits.
Je n’ai pas supprimé les aliments que j’aime. En revanche, j’ai appris à mieux contrôler les portions et j’ai multiplié le nombre de prises alimentaires journalières.
J’ai en effet constaté que les repas trop copieux étaient souvent plus difficiles à digérer.
Dans le même sens, la Mayo Clinic recommande aussi d’essayer des repas plus petits et, si nécessaire, plus fréquents lorsque des diarrhées surviennent après l’opération [5].
Cela ne signifie pas qu’il faille obligatoirement multiplier les prises alimentaires : l’objectif est simplement de trouver un rythme adapté à ses besoins et à sa tolérance.
2. Adapter la quantité de graisses au cours des repas
Les graisses sont indispensables au bon fonctionnement de l’organisme. Elles participent notamment à l’absorption des vitamines A, D, E et K.
Il n’est donc pas souhaitable de les supprimer systématiquement.
En revanche, certaines personnes tolèrent moins bien une quantité importante de matières grasses consommée en une seule fois.
Les conseils de la Mayo Clinic soulignent ainsi que la quantité de graisses ingérée au cours d’un repas peut influencer les ballonnements, les gaz et les diarrhées [5].
Pour ma part, j’ai donc appris à faire davantage attention aux quantités plutôt qu’à interdire certains aliments.
3. Respecter des horaires de repas réguliers
Avec le temps, j’ai également pris l’habitude de manger à des horaires plus réguliers.
Cette organisation me convient mieux au quotidien.
Précisons-le : ce n’est pas une obligation médicale liée à l’absence de vésicule biliaire, mais une habitude personnelle qui m’aide à mieux organiser mes repas.
4. Éviter les repas trop tardifs
J’essaie aussi de ne pas manger trop tard le soir, surtout lorsque le repas est copieux.
C’est une habitude qui me convient personnellement.
Elle peut par ailleurs être intéressante pour les personnes qui souffrent de reflux ou d’inconfort digestif nocturne.
Il ne s’agit cependant pas non plus d’une recommandation spécifique à la cholécystectomie.
5. Ne pas multiplier les interdictions alimentaires
Quand on rencontre des difficultés digestives, on peut vite être tenté de supprimer de nombreux aliments.
Pourtant, multiplier les exclusions peut compliquer les repas et réduire inutilement la diversité alimentaire.
Il est souvent plus intéressant d’observer dans quelles circonstances apparaissent les symptômes : la quantité consommée, la composition du repas, sa richesse en graisses ou encore le rythme alimentaire.
Que manger sans vésicule biliaire : faut-il éviter les graisses ?
Pour la plupart des personnes, une alimentation variée reste tout à fait possible.
Elle peut ainsi comprendre des légumes, des fruits, des féculents, des sources de protéines et des matières grasses en quantités adaptées.
Les huiles végétales, les poissons gras, les noix ou les autres aliments contenant des lipides ne sont donc pas automatiquement à exclure.
La question est souvent davantage celle de la quantité consommée au cours d’un même repas que celle d’une interdiction définitive.
Lorsque des diarrhées persistent, les fibres solubles, présentes notamment dans l’avoine et l’orge, peuvent aussi être intéressantes. La Mayo Clinic conseille toutefois d’augmenter progressivement les apports en fibres afin de limiter les ballonnements [5].
L’objectif n’est pas de manger le moins gras possible à tout prix, mais de trouver une alimentation équilibrée et compatible avec son confort digestif.
Stress, sommeil et digestion : pourquoi considérer aussi le mode de vie ?
L’alimentation joue un rôle important dans notre confort digestif, mais elle ne représente pas toute notre vie quotidienne.
Le stress, par exemple, peut influencer la sensibilité digestive, les mouvements intestinaux et la perception des douleurs.
De même, la revue systématique de Latenstein et ses collaborateurs évoque les facteurs psychologiques parmi les éléments pouvant être associés à la persistance de certains symptômes après cholécystectomie [2].
Attention toutefois : cela ne signifie pas que les douleurs sont imaginaires, ni qu’elles sont nécessairement provoquées par le stress.
Cela ne veut pas dire non plus que l’ablation de la vésicule biliaire entraîne directement des troubles émotionnels ou du sommeil.
Dans mon approche, je trouve important de considérer la personne dans son ensemble, sans réduire ses difficultés à un seul organe ou à une seule cause.
C’est une dimension que j’aurai l’occasion d’approfondir dans de prochains articles, notamment à travers les connaissances actuelles sur l’axe intestin-cerveau et le regard de la médecine traditionnelle chinoise.
Quand consulter pour des douleurs ou des troubles digestifs persistants ?
Si vous continuez à avoir des douleurs abdominales, des diarrhées persistantes ou des difficultés digestives importantes après l’ablation de votre vésicule biliaire, il est préférable d’en parler à votre médecin.
En effet, certains troubles nécessitent des examens ou des traitements spécifiques.
Selon les symptômes, le médecin pourra notamment rechercher une maladie des voies biliaires, une diarrhée liée aux acides biliaires ou une autre maladie digestive [2, 4].
Enfin, une douleur abdominale intense, surtout si elle s’accompagne de fièvre, d’une jaunisse ou de vomissements importants, nécessite une évaluation médicale urgente.
Mon expérience avec le syndrome LPAC en est la preuve : ce n’est pas une modification alimentaire qui a fait disparaître mes crises, mais un traitement adapté à leur cause.
Pourquoi je souhaite accompagner les personnes qui vivent difficilement sans vésicule biliaire
Mon expérience personnelle m’a sensibilisée aux difficultés que l’on peut rencontrer après cette opération.
Mais c’est surtout au fil de mes formations en médecine traditionnelle chinoise ,en nutrition et en micronutrition et que j’ai développé une approche plus approfondie des troubles digestifs et des habitudes alimentaires.
Aujourd’hui, je souhaite donc mettre ces connaissances au service des personnes qui continuent à rencontrer des difficultés digestives après l’ablation de leur vésicule biliaire.
Mon objectif est de les aider à mieux comprendre leurs habitudes, à identifier les ajustements alimentaires qui peuvent leur convenir et à retrouver des repères simples au quotidien.
Cet accompagnement s’inscrit, bien sûr, en complément d’un suivi médical lorsque celui-ci est nécessaire.
En conclusion : vivre sans vésicule biliaire, trouver son propre équilibre
Il est tout à fait possible de vivre sans vésicule biliaire et de conserver une alimentation variée.
Mais chaque expérience est différente.
Dans mon cas, il a fallu distinguer deux problèmes : d’un côté, des douleurs liées à un syndrome LPAC, qui nécessitaient un traitement médical ; de l’autre, des difficultés digestives pour lesquelles j’ai progressivement adapté mes habitudes alimentaires.
Aujourd’hui, je ne m’interdis plus systématiquement certains aliments. Je fais surtout attention aux quantités, à la régularité de mes repas et à ne pas manger trop tard.
C’est précisément ce que j’aimerais transmettre à travers cet article : vivre sans vésicule biliaire ne signifie pas nécessairement devoir suivre un régime restrictif toute sa vie.
L’essentiel est de ne pas banaliser les symptômes persistants, d’en rechercher les causes lorsque c’est nécessaire et de trouver des habitudes adaptées à sa propre situation.
Sources et références médicales
[1] National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases (NIDDK). Treatment for Gallstones. National Institutes of Health, États-Unis.
[2] Latenstein CSS et al. (2019). Etiologies of Long-Term Postcholecystectomy Symptoms: A Systematic Review. Gastroenterology Research and Practice, 2019, 4278373.
[3] Goubault P. et al. (2019). Low-Phospholipid Associated Cholelithiasis (LPAC) syndrome: A synthetic review. Journal of Visceral Surgery, 156(4), 319–328.
https://doi.org/10.1016/j.jviscsurg.2019.02.006
[4] Arasaradnam RP et al. (2018). Guidelines for the investigation of chronic diarrhoea in adults: British Society of Gastroenterology, 3rd edition. Gut, 67, 1380–1399.
[5] Mayo Clinic Staff. Can you recommend a diet after gallbladder removal? Mayo Clinic.
Cet article est proposé à titre informatif et repose sur mon expérience personnelle ainsi que sur des références médicales. Il ne remplace pas une consultation médicale, un diagnostic ou un traitement adapté à votre situation.